Ceux qui nous regardent

 

installation vidéo 2018  fiche technique 

 

D'image en vidéo un jour de recherche, je tombe sur cette petite maison en bois, perdue dans le flux d'un improbable documentaire de propagande américain. C'est au lendemain de la Seconde Guerre. On construit des logements factices dans le désert du Nevada pour tester leur résistance atomique. Brandissant la bonne tenue du foyer comme arme de défense, le film encourage l'entraide civile pour mieux résister aux attaques ennemies.

 

Dans ce chaos artificiel, cette image hypnotique et brève d’une maison en feu a happé mon regard.

 

Plus de 50 ans après ce tournage, ici et là des révoltes naissent. Médiatisées comme de nouvelles révolutions, elles s'essoufflent les unes après les autres, évoquées quelques mois plus tard comme des promesses déçues, de lointains souvenirs.

Les nouveaux mai 68 sont immodestes et faibles, traduisant des revendications individuelles incapables de fédérer.

Une question se pose à moi, est-on encore capable de convoquer une utopie ? Il faudrait pour cela savoir faire société, et penser au-delà du confort de nos murs.

 

Les expérimentations artistiques développées depuis les années 1950 permettent aujourd’hui de créer des œuvres intégrant leur propre scénographie. Si l’on ne peut que présumer des ressentis du visiteur, le dispositif permet néanmoins de mettre en place les conditions de son expérience.

Ainsi, présenter dans un white cube les trois vidéos proposées pour le festival Traverse Vidéo 2019, ne provoquera par le même type de réactions que leur installation dans un étroit couloir fermé : la mise en scène impose, avant même qu’elles n’apparaissent, une atmosphère particulière.

Ce contexte nie tout effet spectaculaire : silence, espace réduit et sombre, écrans de taille modeste. Mais il impose une situation inconfortable, proximité des corps dans le passage claustrophobique, et face à face avec trois vidéos au contenu potentiellement dérangeant.

 

Les images de ce triptyque déclinent un même visage, qui tel un photomontage est composé de plusieurs identités. Ni femme ni homme, mi femme mi homme ; une image intemporelle, peut-être un écorché, rendue absurde par les manipulations : dédoublement, miroir, compression. Ils sont figés, frontaux, seuls leurs yeux sont en mouvement.

 

Les images actuelles ne sont que rarement de source traçable. Porteuses de messages, elles tendent à remplacer les mots au point de faire oublier leur nature même d’images. Le triptyque, mixe hétérogène de documents, nous regarde. Il conserve son mystère tout en faisant appel à notre rapport singulier au flux permanent d’informations visuelles, auxquelles nous pouvons tout faire dire sans pourtant qu’elles prononcent la moindre parole.