Inusage de l’objet

 

La réappropriation de l’objet par des artistes qui en pensent le gaspillage, accompagne étroitement l’expansion de la société de consommation. Mais leur dénonciation n’a pas résolu le problème, loin s’en faut. L’objet contemporain s’additionne par couches toujours plus épaisses à l’abandon des objets d’hier, saturant désormais  les sites d’enchère.

 

A l’instar des objets, les images vieillissent. Mais leur vétusté est désormais quasiment simultanée : à une vitesse déroutante, elles passent du statut d’information à celui d’archive. Pourtant, ce qui a été produit en deux ou trois dimensions ne disparaît pas ; peuvent en témoigner ceux qui ont vécu le passage du rare et fabriqué pour durer, aux images et objets en surabondance.

Et le trop-plein de vestiges modernes devient support de réflexion sur une situation actuelle : si l’on peut aujourd’hui les apprécier, c’est bien parce qu’il en reste un nombre incalculable, qui souvent n’ont jamais été utilisés. Par extension, leur présence dans le champ de l’art pose la question des traces que notre temps abandonnera à la postérité : quels objets ? Quelles architectures, quelles philosophies, quelles littératures, quelles œuvres traverseront les époques, et sous quelles formes ?

 

Inviter dans le champ de l’art des objets usuels interroge les frontières plus ou moins pertinentes entre l’utile, le décoratif, et l’inutile intrinsèque à l’œuvre. En perdant son usage, l’objet interpelle sur sa plasticité et sur les intentions qui ont sous-tendu sa fabrication (nom de la marque, couleurs, matière, design…). Sur cette matérialité désormais tenue à distance par l’écran, qui permet de l’acheter sans même l’avoir touché sur la foi des cinq étoiles. On n’attend pas de lui une quelconque singularité : il se doit d’être absolument identique à la photo et fidèle aux commentaires qui l’accompagnent.

 

Ce site rassemble une partie des créations plastiques et appliquées, en relation avec cette réflexion. Sous forme de volumes, d’images ou de mobilier, la matière préexiste toujours, prélevée dans le quotidien et dans l'histoire récente des productions humaines.